jeudi 16 mars 2017

Marottes nobiliaires et résurgences historiques

Il y fort longtemps, lors de l’une de ces soirées que le « Fianakaviambe[1] » organisait périodiquement à Antananarivo et dans les environs, les présentateurs firent défiler sur une estrade des jeunes gens issus des différents groupes andriana présents dans la salle. Cela se passait à l’hôtel Carlton, qui à l’époque s’appelait encore le Hilton.
L’animateur déclamait avec conviction un boniment de circonstance : « Indreto indray ary hy havantsika avy any Ambohibe ! Ambohimalaza ! Andramasina ! Anosimanjaka [2]! etc. »
Le procédé n’était pas sans rappeler ces foires agricoles où l’on exhibe à l’intention des connaisseurs et des profanes les plus belles races de taureaux ou de vaches laitières. Les spectateurs concernés pouvaient néanmoins mesurer à l’applaudimètre la notoriété dont jouissait leur colline ou leur arborescence ancestrale – et jauger peut-être du même coup la vigueur de la demande potentielle sur le marché des alliances matrimoniales.  
Le public accueillit ce soir-là la performance avec une bienveillance polie et un peu gênée. Mais vers le milieu de l’exhibition, l’un des organisateurs fit amener une paire de jeunes un peu intimidés sur l’estrade et, s’emparant du micro, cria : « Indreto ny havantsika avy any New York ! »
Après un moment d’étonnement, l’annonce fut accueillie par un tonnerre d’applaudissements et des acclamations assourdissantes : « Ireo no tianay e ! Ireo no anay e ! [3]»
Les ethnologues pourront en déduire qu’une poignée de jeunes new-yorkais suffit à mettre Andrianampoinimerina sérieusement en difficulté.
Et ils n’auront pas tort. La leçon est valable pour Andriandahifotsy, d’ailleurs. Ainsi que pour Ratsiandraofana ou Andriamanalimbetany, pour ne citer que ceux-là.

Vazaha is beautiful

L’anecdote du Hilton m’est revenue à l’esprit en feuilletant un manuel scolaire où apparaît un portrait de Radama I en tenue militaire européenne[4]. La politique d’ouverture mise en place au XIXème siècle par ce monarque, grand admirateur de Bonaparte, a probablement changé à jamais notre appréhension de l’Occident, et, par contrecoup, notre perception de nous-mêmes. Son nom est associé, en particulier, à l’introduction du christianisme en Imerina par la London Missionary Society (LMS), à l’adoption de l’alphabet latin, aux débuts de l’imprimerie et aux premières écoles au sens occidental du terme. Il fut aussi le premier souverain merina à envoyer des jeunes Malgaches étudier en Europe, les plus célèbres d’entre eux étant les frères Raombana et Rahaniraka, qui devaient avoir une influence considérable dans les cercles privilégiés.
Quand on y regarde de près, l’action de Radama se distingue pourtant davantage par son aspect résolu et ses implications profondes que par son caractère réellement nouveau. En effet, nos andriana et ampanjaka, pour vénérable que soit le manteau de traditions dont ils aiment à se draper, ont toujours été quelque part des spécialistes de l’ailleurs et de l’autrement. Plus fréquemment que n’importe quelle autre frange de la population malgache, ils se sont réclamés d’un héritage lointain. Les lovan-tsofina[5] ne nous apprennent-ils pas, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, que les ancêtres de nos rois venaient de La Mecque, de Mangalore ou de quelque autre cité exotique ?
Leurs conceptions et leurs pratiques, d’ailleurs, semblent avoir été de tout temps alimentées par des emprunts aux mœurs et méthodes étrangères. Pour s’en convaincre, il suffit par exemple de considérer l’influence décisive exercée dès le XVIIème siècle par les arabisés (Antalaotra) qui contrôlaient les ports marchands de la côte Ouest. Cette influence a favorisé, deux siècles avant Radama I, la diffusion de l’islam, le développement des circuits commerciaux dans l’île, y compris sur les Hauts-plateaux, et l’édification progressive de l’« empire » sakalava. Vers 1613-1614, le jésuite portugais Mariano, en visite dans le Boina, raconta que le roi de Tingimaro, lui-même déjà musulman pratiquant ainsi que ses proches et une partie de ses sujets, était constamment en guerre avec Mazelagem Nova pour tenter de supplanter cette cité portuaire antalaotra qui avait la haute main sur l’exportation d’esclaves[6]. Mazelagem Nova devait plus tard être vaincu définitivement par les Zafimbolamena.
Sur le plan de l’imaginaire, le renvoi à des mondes distants était très probablement prégnant dans le Madagascar ancien et mettait en scène le thème insistant des origines via la mémoire dynastique. Dans une pénétrante synthèse intitulée « L’étrangère intime », Paul Ottino a mis en évidence les liens étroits qui unissent nos tantara et angano[7] à des chroniques malaises comme le Hikayat Banjar du sud de Bornéo et à des traditions musulmanes comme celle du Pic d’Adam à Ceylan. On y apprend par exemple que Ralambo, l’un des fondateur sde la monarchie merina, tire son nom du personnage Lambu Mangkurat (« Le taureau qui soutient le Monde ») du Hikayat Banjar[8] et que le titre bruto du roi zafindraminia Bruto Chambanga, que le Père Mariano rencontra, est un héritage des dieux indiens et des souverains de la thalassocratie Majapahit[9]. Quant à Andriamanitra[10], notre roi des cieux, son étrange qualité odoriférante pourrait renvoyer au fait que la chute d’Adam du Jardin d’Eden, dont la trace est, dit-on, visible sur le Pic sri-lankais qui porte son nom, s’accompagna d’une pluie de feuilles paradisiaques parfumées[11]. Au chapitre des curiosités, on apprend aussi que notre monstre mythique songomby est en fait un lion « malgachisé », c’est-à-dire croisé avec un taureau (le radical song venant du sanskrit sinha et du malais singa qui signifie lion, et que l’on retrouve par exemple dans le nom Singapour, « La Ville Lion »)[12]
De sorte qu’à La Mecque et Mangalore on peut rajouter des noms étranges comme Majapahit ou Banjarmasin, qui nous viennent de cette partie du globe aujourd’hui appelée Indonésie.
Mais le moment est peut-être venu d’inclure aussi New York, Londres et Paris dans notre liste de lieux et cités mythiques, célestes et fabuleuses.

Les temps héroïques

Car dans le sillage de Radama I, pour en revenir à lui, nos « descendants de rois » ont continué à être les principaux disséminateurs de nouveautés merveilleuses et désirables dans l’entendement et l’imaginaire collectifs. Ils ont dominé le spectacle du pouvoir au XIXème siècle et ils ont fait école, pour le meilleur et pour le pire. La diffusion de nouvelles façons d’être, de paraître et même de penser, cette fois importées du monde occidental, stimulée par les témoignages de Raombana et Rahaniraka, enrichie par les enseignements de Laborde et magnifiée par les objets et cadeaux luxueux apportés par Lambert et De Lastelle, fut tellement efficace qu’elle a été très tôt identifiée par l’ensemble des protagonistes malgaches, et à juste raison, comme un enjeu central de pouvoir.  Dans la lutte subséquente pour la maîtrise et l’utilisation de cette nouvelle source de prestige et de puissance, les andriana perdirent leur monopole dès le milieu du XIXème siècle et durent s’accommoder de l’ascension irrésistible de nouveaux groupes comme les Andafiavaratra en Imerina.
C’est de cette époque que datent les costumes chamarrés d’officier et les superbes robes à crinolines qui hantent les parties de nos livres d’histoire consacrées au siècle de Radama et de Ranavalona. Traces d’un séisme originel, Ils nous révèlent que la coupure d’avec les vêtements du commun fut radicale, héroïque. Ces accoutrements, tenues véritablement cosmiques pour l’époque – et comiques pour nous mais le sens du ridicule aussi est historiquement construit –, témoignaient d’une relation privilégiée avec l’« ailleurs et autrement » inconnue des générations précédentes. L’engouement contemporain qui me fait aujourd’hui le plus penser à ces phénomènes ranavaliens est la passion jamais démentie de nos plus riches citadins pour les mariages carnavalesques saupoudrés de dérivatifs exubérants directement inspirés des frasques hollywoodiennes de la ploutocratie internationale[13]. Ces entichements, pures élévations scintillantes sur une masse sombre de populations miséreuses, devenus aujourd’hui la marque d’un arrivisme insolent, sont le fruit d’une rupture dans le mode historique d’appropriation des contenus externes.
Du temps d’Andriandahifotsy et Andriamandisoarivo en effet, l’étranger incarné par les Antalaotra[14] pouvait facilement être domestiqué et apprivoisé car la mémoire des lointaines origines était sans doute encore vivace, inscrite de façon plus précise qu’aujourd’hui dans l’expressivité des noms par exemple et la signification des rituels. Par ailleurs, l’Antalaotra était par sa culture et sa religion, et peut-être son ascendance, un parent, un voisin et non un étranger irréductible, ce qui excluait tout rapport hégémonique et favorisait l’esprit de compétition, d’adaptation et d’amélioration parallèlement au mimétisme. Il semble que cette situation se soit prolongée jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, grâce notamment au rôle catalyseur joué par les incontournables ombiasy, ces prêtres, magiciens et conseillers de rois. L’étranger fut alors source de prestige certes, mais aussi de fierté renouvelée et d’énergie, et fertilisait le champ identitaire selon l’adage « Arabe d’accord, mais Malgache d’abord. »
Les termes de l’entremêlement changèrent radicalement à l’époque de Radama I, et surtout de Ranavalona I et de Radama II, de deux façons. D’abord, les idées chrétiennes faisaient maintenant leur chemin et sapaient la mémoire intrinsèque en déniant toute vertu à sa cristallisation dans le vécu (les fomba[15]) et en fournissant avec l’histoire des Juifs un substitut au récit des origines. Tout ce qui ressortissait de la mémoire et de l’entendement malgaches propres fut alors relégué en bloc dans un passé obscur et méprisable (tany maizina). En second lieu, l’étranger se manifestait cette fois hors de toute parenté sous la forme d’un immense déploiement de puissance se déclinant en pratiques prodigieuses (innovations militaires de Robin et Hastie, exploits techniques de Laborde, prouesses médicales du docteur Davidson) et discours libérateurs ou émancipateurs auto-panégyriques (bienfaits des Lumières, Salut chrétien). Les conditions étaient donc réunies pour que la conscience autochtone se retourne contre elle-même et réduise progressivement son être propre à une relique et un fossile. Pour que sa capacité de captation et d’adaptation, intacte, entraîne un tassement inéluctable de son noyau propre. Un phénomène, qui ici encore, commença avec les andriana et leurs émules.

Le grand déblayage

Ainsi, Radama I entreprit personnellement de bafouer des interdits et de ridiculiser publiquement certaines croyances, avant même l’action profanatrice des missionnaires anglais. Radama II négligea le Fandroana en 1862 et imposa le port de vêtements européens à ses officiers et à tous ceux qui lui rendaient visite. En 1848 déjà, avant son couronnement, ce prince avait envoyé des hommes de main brûler les cases abritant les sampy Kelimalaza et Ramahavaly[16]. Le christianisme, bien sûr, accompagnant ce mouvement, ne fit que renforcer en sous-main, par l’école et le sermon, mais aussi directement par la confrontation sur le terrain, son rôle de premier déblayeur de contenus et pratiques autochtones, tirant une partie de sa puissance subversive du mécontentement à l’égard du pouvoir sacerdotal des gardiens de sampy, et, souvent, à l’égard du pouvoir tout court. La machine à malgachiser qui fonctionnait si bien du temps d’Andriandahifotsy se dérègla donc petit à petit, sous l’effet du flux formidable de contenus nouveaux et de l’assèchement provoqué des carburants et ressorts internes. Les cycles de répressions observés sous Ranavalona I (1836-1840, 1849, 1857) furent d’une certaine manière les signes explosifs de la phase finale de surchauffe, les événements révélateurs, en négatif, d’un effet de cisaillement. L’accès d’auto-cannibalisme atteignit alors un pic avec la décision de Ranavalona II en 1869 d’ordonner la destruction de tous les sampy royaux par le feu. À cela, on peut ajouter l’interdiction par Rainilaiarivony pendant plus de dix ans à partir de la même date de publier des textes sur le passé malgache, à l’exception de ceux destinés aux seuls étrangers[17].
Un nouveau séisme frappa pourtant le système déjà branlant en 1896-1897, avec l’avènement du colonisateur français.
L’abolition de la monarchie merina d’abord, suite à la révolte des Menalamba – qui permit à Galliéni de mesurer l’attachement de la masse à cette conscience propre contre vents et marées –, supprimait les privilèges statutaires des andriana et assimilés (exemptions d’impôts et de corvée, droit de percevoir soi-même des impôts et de lever des corvéables, relative immunité juridique) et les plaçait théoriquement sur un pied d’égalité avec les autres groupes pour l’exploitation des bienfaits de la « civilisation ». En réalité, le nivellement statutaire effectué par le colonisateur, dont l’abolition de l’esclavage sans mesure d’aide aux nouveaux affranchis, aggrava les inégalités tout en détruisant la mémoire collective inscrite dans les rituels royaux. À cela s’ajoutèrent les actes de désacralisation perpétrés par les Français eux-mêmes, comme la profanation des tombeaux d’Ambohimanga et le transfert des dépouilles des rois à Tananarive.
Par ailleurs, en amont, la violence de l’acte de colonisation réalisait la juxtaposition de deux mondes, vazaha et indigène, le second assujetti au premier, expression cette fois directement visible et palpable de la « supériorité » du modèle occidental promise par Laborde et Lambert – supériorité qui s’avérait irréductible car réfractaire de fait à toute appropriation véritable. Cette double situation, qui était une amplification du cisaillement, autorisa une fuite en avant généralisée du dessus du panier malgache, déjà consciente depuis la LMS que l’acquisition d’attributs ou de compétences étrangères – notamment linguistiques –se traduisait par des avantages immédiats. Cette fuite permit l’émergence de nouvelles aristocraties de l’argent et du « savoir », qui prirent naturellement la relève du potentat étranger au sommet de l’édifice quand Madagascar recouvra son indépendance.
Dans tout cela, qu’advint-il de ceux par qui le scandale arriva historiquement, les andriana et assimilés ?

« Raha andrian-dray aho raha andrian-dreny »: le test du Carleton

Si l’on en croit une récente enquête de l’IRD sur les élites malgaches, une bonne partie d’entre eux est restée fermement agrippée à l’appareil économique[18]. Sur le plan culturel, les andriana se sont réveillés vers le milieu des années 80 pour tenter de contrer le phénomène rémanent d’oubli collectif, lequel affecte les couches privilégiées plus fortement que les catégories les plus modestes de la population[19]. Les raisons de ce réveil sont multiples, les plus patentes étant la menace de paupérisation des franges les plus fragiles du groupe sous l’effet des crises économiques et la volonté de réagir aux déboires de la démocratie et du républicanisme[20]. Leurs initiatives de recherche d’un modèle plus « authentiquement malgache » suscitent pourtant des interrogations, y compris parmi ceux qui reconnaissent qu’un réexamen sérieux du passé monarchique est un passage obligé de toute quête identitaire[21]. Comment être certain que des gens qui ont entretenu pendant des siècles une inclination invincible à mépriser les autres contribueront sans calcul à l’élaboration d’un système mutuellement profitable ? Qui peut ignorer la persistance, sous des formes renouvelées, de certains des aspects les plus intolérants et despotiques des traditions royales dans la société malgache contemporaine ? Comment ne pas craindre dans ce revirement soudain, à la lumière des événements du XIXème siècle, un passéisme creux ou un opportunisme de plus ?
Laissons les spécialistes, ou les politiques, débattre de ces passionnantes questions. Je me contenterai pour ma part de souligner que marottes nobiliaires ou non, le sabordage culturel du bateau Madagascar au fil des siècles est aujourd’hui un fait largement reconnu. Et malheureusement, le lent naufrage se déroule maintenant dans un contexte on ne peut plus défavorable. En amont, une vague d’ignorance et d’indifférence massive liée à la mondialisation achève de transformer les couches privilégiées déculturées en troupeaux de zombies consommateurs de « modernité ». En aval, l’énorme masse paysanne et le sous-prolétariat urbain constituent un quart-monde exsangue que se disputent de façon chronique les sectes, les politiques et les vendeurs de rêve – quand il ne se consume pas corps et biens dans les ruées vers le saphir et autres mirages de la fortune soudaine. Dans une conscience autochtone trop bien moulée par l’Histoire, où le scientisme le plus naïf continue à côtoyer un christianisme obstinément guerrier[22], guère détrompée par une élite intellectuelle qui ne jure que par l’impératif d’ingénierie sociale et crie à l’obscurantisme culturel au moindre accroc, au lieu de redonner vie à une identité chancelante et réparer la machine à malgachiser, la marge de manœuvre est des plus étroites.
C’est pourquoi, faute de mieux, je propose à tous ceux, andriana ou pas andriana, qui souhaitent une revalorisation de l’héritage ancestral, un simple test que j’appellerai le test du Carleton (ou du Hilton) : réunissez un jour votre progéniture autour d’un plat de ramanonaka[23] ou une pizza de leur choix. Quand ils seront bien rassasiés, demandez-leur ce qui leur paraîtrait le plus agréable et désirable dans le moment : 1) un séjour à Ambohimanga (ou à Belo-sur-Tsiribihina, etc…) à faire la fête en compagnie des pèlerins et des troupes traditionnelles, ou 2) un séjour à New York à assister aux spectacles de Broadway en compagnie des touristes européens et japonais. Quand Ambohimanga (ou Belo-sur-Tsiribihina, etc…) l’emportera sur New York, vous saurez que votre culture ne sera peut-être pas irrémissiblement détruite avant la fin de ce siècle, après tout. D’ici là, il vaut peut-être mieux organiser la résistance à domicile, afin que survive au moins une mémoire, fût-elle la plus ténue et la plus sommaire. Et commencer à expliquer aux jeunes que Radama n’est pas une enseigne d’hôtels à bas prix et que Maroseraña n’est pas une danse de popotins en vogue.

Mbola tsara ihany va tompoko ô ?




[1] « La grande famille », nom pris à une certaine époque par le collectif des andriana et ampanjaka ou descendants de rois.
[2] Et voici nos parents originaires de….
[3] C’est eux les meilleurs ! C’est eux que nous voulons !
[4] Portrait réalisé par Copalle, 1826.
[5] Littéralement « l’héritage oral » c’est-à-dire les traditions orales.
[6] Voir par exemple Kent, Early Kingdoms in Madagascar, Holt, Rinehart and Winston, 1970, p. 180-181.
[7] Contes, légendes et récits dynastiques.
[8] Paul Ottino, L’étrangère intime. Essai d’anthropologie de l’ancien Madagascar, Édition des Archives Contemporaines, 1986, p. 159.
[9] Ottino, ibid., p. 26.
[10] Dieu, littéralement « le Seigneur Parfumé ».
[11] Ottino, ibid., p. 78-79.
[12] Ottino, ibid., p. 227, note 11.
[13] Pour les mariages, les images visibles sur YouTube parlent d’elles-mêmes, par exemple celles-ci : https://www.youtube.com/watch?v=ff6gcfCK_FM
[14] Si l’on juge culturellement non significatifs les contacts éphémères avec les Portugais, les Hollandais et les Français aux XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles, dont on trouve des traces dans les noms communs mais très peu dans les traditions.
[15] Une phrase liminaire d’usage courant, notamment lors des visites de condoléance, résume encore aujourd’hui cette tension : « Araka ny fomban-drazana izay tsy mbola hita izay maharatsy azy hatramin’izao… » (« Conformément à la coutume ancestrale dont on n’a pas encore pu trouver ce qu’il peut avoir de néfaste …»
[16] Raymond Delval, Radama II, Prince de la Renaissance malgache 1861-1863, Éditions de l’École, p. 129.
[17] Voir par exemple Françoise Raison-Jourde, Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle, Karthala, 1991, p. 625-626.
[18] http://www.dial.ird.fr/enquetes-statistiques/enquete-reseaux-sur-les-elites-elimad-a-madagascar
[19] Malanjaona Rakotomalala, Sophie Blanchy et Françoise Raison-Jourde, Madagascar : les ancêtres au quotidien, l’Harmatta, 2001, p. 332-340.
[20] Voir par exemple Catherine Fournet-Guérin, Vivre à Tananarive : géographie du changement dans la capitale malgache, Paris, Karthala, 2007, p. 373-374.
[21] Rakotomalala, ibid., p. 339.
[22] En témoignent sans doute les incendies récents des sites royaux d’Ambohidratrimo et Ambohimalaza. Une perspective historique est donnée dans Rakotomalala, ibid., p. 120-136.
[23] Beignet de riz malgache.

jeudi 3 novembre 2016

Les cabaleurs, ou les joies de l’ère Ratsiraka

Outre les moustiques, l’une des choses que les missionnaires anglais venus à Madagascar au 19ème siècle supportèrent très mal fut, dit-on, la teneur et la longueur des kabary. Tenus d’assister aux discours publics des dignitaires du royaume, qui avaient lieu le plus souvent à Andohalo, ces hommes de la London Misionary Society (LMS) ont raconté dans leurs mémoires avoir été véritablement mis à la torture.

Certains, comme le bon révérend James Sibree dans son livre The Great African Island[1], se sont même interrogés, dans certains passages, sur la santé mentale des Malgaches.

 « Ils [les Malgaches] ont la capacité de dire énormément de choses sans que l’on puisse avoir la moindre idée de ce qu’ils essaient d’exprimer »[2], se plaignait-il notamment.

Pour nos oreilles habituées aux interminables fialan-tsiny[3] et autres contours de la rhétorique malgache, de tels commentaires retirés de leur contexte peuvent sembler injustifiés voire un peu offensants. Mais ils témoignent d’une incompréhension d’ordre culturel qui est finalement très banale.

Je dis cela car je me rappelle avoir vécu un jour une expérience similaire, mais dans un ordre renversé, en regardant un président de la République, Didier Ratsiraka, discourir à la télévision. Cela se passait à l’époque de la fameuse Révolution Socialiste, lors d’une cérémonie de présentation de vœux des chefs d’institution et du corps diplomatique ou quelque événement de ce genre.

Le format de la réunion, très solennelle, n’avait rien à envier au décorum qui présidait aux interventions des dirigeants monarchiques du 19e siècle. Et comme dans les cas évoqués par James Sibree, la longueur du discours – une ou deux heures – avait été l’un des éléments déstabilisants de la prestation. Mais c’est surtout le choc culturel qui fut, avec le recul, considérable : car le Président avait entrepris de faire un exposé complet sur la philosophie de Pythagore, craie et tableau noir à l’appui.

Ratsiraka faisait évidemment l’étalage de son savoir : le personnage est coutumier du fait et l’allocution, à cet égard, n’avait rien de surprenant. La plupart des Malgaches de l’époque étaient déjà, je pense, habitués aux travers pédantesques et moralisateurs du Président. Cependant, le décalage par rapport à la réalité était cette fois si grand qu’une rupture, une dislocation intervenait dans le sens des mots et des phrases. Une intentionnalité étrangère au discours jaillissait abruptement et désarçonnait l’auditeur. Une force qui n’était pas dans le message mais dans la manière d’être du messager.

Dans l’instant, l’insolite de la situation apparaissait à deux niveaux : d’abord celui de l’auditoire présent au Palais d’Etat, dont l’ahurissement transparaissait sous les masques polis et les sourires figés. J’ignore ce qui se passait concrètement dans la tête des étrangers, mais les visages des Malgaches trahissaient un mélange de désarroi et de peur panique – le genre de sentiment que Soljenitsyne a très bien décrit dans ses romans mettant en scène le cocasse et l’absurdité du pouvoir à l’ère stalinienne.

Au deuxième niveau, ce n’était plus l’incongruité de l’événement sur le plan mondain ou officiel qui jouait, mais son déphasage total par rapport au contexte socioéconomique. Dehors, la population vivait une sévère pénurie de biens essentiels qui obligeait les ménagères à faire la queue dès trois heures du matin pour se procurer du riz et du sucre. Les usines du pays fermaient une à une, le marché noir florissait. Et tout d’un coup survenait Pythagore.

J’avoue que sur le coup, j’ai été incapable de saisir ce que Ratsiraka essayait vraiment d’exprimer. Comme les gens de la LMS face à Rainilaiarivony ou d’autres orateurs malgaches, j’ai ressenti pendant toute la durée du discours pythagoricien une gêne qui était la conséquence d’une incompréhension profonde, structurelle. Je ne pouvais donner sens et corps à l’exposé – qui avait probablement un certain intérêt, après tout – car celui-ci servait à l’évidence un but qui allait au-delà d’une simple leçon de philosophie.

Le fait désorientant, dans ce contexte, c’est qu’on n’avait plus à faire à de la pédanterie ordinaire, mais à l’affirmation d’une altérité radicale, à une messe et une incantation en l’honneur de dieux étrangers. Il ne s’agissait plus de propos moralisateurs mais d’une manifestation d’hostilité envers tout ce qui déviait de la Raison, incarnée par Pythagore. L’État, par la voix de Ratsiraka, se donnait un modèle absolu, Pythagore, qui était la mesure, non plus des imperfections mais des tares et insuffisances irrémédiables des administrés. Le peuple se mourait mais c’était sa propre faute, en vertu du théorème de Pythagore.

Il serait tentant ici de faire un lien facile entre ces événements et le caractère résolument étrange du personnage Didier Ratsiraka. Voici en effet un homme qui n’a jamais eu peur des contradictions, associations bizarres, doctrines à l’emporte-pièce et engouements problématiques. Qui est convaincu par exemple qu’Einstein a trouvé sa théorie de la relativité dans la Bible et indique avoir été « formé en astrologie par des francs-maçons[4] ». Qui jusqu’à maintenant ne démord pas de sa thèse selon laquelle « la véritable origine des Malgaches est le Moyen-Orient, le Proche-Orient et l’Inde[5] » et s’est fait l’un des apôtres d’un mouvement identitaire encore aujourd’hui en vogue proclamant une ascendance juive des Malgaches[6].

Voici aussi un homme politique qui s’est posé en ténor de la lutte contre le néocolonialisme mais qui semble avoir du mal à se défaire d’une puérilité exubérante au contact de l’ancien colonisateur, confessant par exemple ingénument avoir été flatté lors d’un sommet France-Afrique que le président français Jacques Chirac le tutoie et l’invite dans sa voiture : « Il m’a mis à sa droite, dira-t-il fièrement. Tout le monde (i.e. les autres chefs d’État africains) était éberlué[7]. »

Ces anomies politiques et caractérielles prennent également la forme d’un relativisme décomplexé lorsqu’on arrive aux questions de probité. Ainsi, alors même qu’il n’a pas de mots assez durs pour fustiger la malhonnêteté et le degré de corruption supposés de Marc Ravalomanana, qui le renversa en 2002, Ratsiraka se fend d’un aveu circonstancié de chantage, extorsion de fonds et détournement de deniers publics en bande organisée dans un livre qui retrace son parcours politique :

 « (…) on avait pris la main dans le sac un Indo-Pakistanais d’Ocean Trade pour corruption à la douane. J’avais créé une task-force avec des magistrats, des gendarmes, des policiers, des militaires afin de le coincer. On l’a eu, et on a obtenu 90 milliards, dont 75 nous revenaient à nous, et 15 à l’État[8]. »

Mais le mot aveu est ici évidemment trompeur : au-delà son étrangeté, l’amiral se distingue par une capacité extraordinaire à lisser la réalité pour qu’elle épouse sa posture intellectuelle ou moralisatrice. Et à la lecture du livre cité ci-dessus, ceux qui comme moi ont vécu les événements de la deuxième république en arrivent parfois à se demander s’il n’y pas confusion sur l’époque et les situations évoquées.

Pour toutes ces raisons et d’autres encore, l’on peut se demander si Ratsiraka n’a pas appréhendé le peuple malgache surtout comme un objet, une matière servant étayer ses théories et à démontrer sa prescience intellectuelle. Prompt à citer des personnalités étrangères, surtout françaises, et à convoquer l’histoire d’autres pays, l’homme est plus avare de références à la culture et au passé malgaches en-dehors des lieux communs, des sentences de circonstance et des anecdotes folkloriques. Il souligne avoir mis en œuvre la malgachisation en 1976 en grande partie pour se plier aux aspirations « de la foule, pas du peuple ». Et s’il se félicite que les écoliers apprennent enfin l’histoire de Madagascar, c’est surtout dans la perspective que la « révolution des mentalités » puisse avoir lieu[9].

La dénonciation des pratiques coloniales d’occultation de la culture « indigène » fut certes l’un des éléments moteurs du ratsirakisme. Mais la stratégie discursive déployée par son prophète et fondateur semble, après un examen attentif, moins destinée à protéger l’opprimé qu’à éblouir l’oppresseur. De fait, le spectacle donné par l’orateur Didier Ratsiraka, pythagoricien et francophile passionné, remet irrésistiblement en mémoire certains mots d’Albert Memmi sur l’impact psychologique de la colonisation :

« La première tentative du colonisé est de changer de condition en changeant de peau. Un modèle tentateur et tout proche s’offre et s’impose à lui : précisément celui du colonisateur. (…) L’ambition première du colonisé sera d’égaler ce modèle prestigieux, de lui ressembler jusqu’à disparaitre en lui[10]. »

Ses écrits idéologiques semblent confirmer ce réflexe d’auto-effacement au profit d’un universalisme candide que n’explique pas entièrement le contexte internationaliste des années 70. Ainsi, sa Charte de la Révolution socialiste[11] évacue en une phrase la nécessité d’analyser en profondeur la société malgache[12] pour procéder à une récupération au vol des mouvements nationalistes et luttes anticoloniales – une pratique héritée des mouvements d’après mai 1972 qui deviendra une marque de fabrique du régime Ratsiraka et palliera ses bases culturelles branlantes. Tout au plus y trouve-t-on, aux côtés de la notion de « socialisme dans le fokonolona » où la couleur historique du mot malgache est vite anéantie par un gros barbouillage idéologique, de vagues références à une « tradition communautaire séculaire (entraide, solidarité)[13]. » Et si le pouvoir déploya des efforts notables pour se ménager l’appui des milieux universitaires, allant jusqu’à recruter certains spécialistes[14], on se demande finalement si cela ne relevait pas aussi d’une politique de récupération, d’un souci de donner une teinte locale aux concepts « révolutionnaires » plus que de vraiment prendre le pouls de la société malgache.

L’attitude culturelle, et par contrecoup la vision politique de l’amiral marque à cet égard un contraste saisissant par rapport à celle de son prédécesseur Ratsimandrava, assassiné en 1975. Celui-ci avait très tôt manifesté une volonté de fouiller et de rénover les soubassements historiques de la société malgache à travers cette notion de fokonolona, ce qui lui avait valu une réelle popularité auprès d’une vaste frange de la population. Ratsimandrava, beaucoup moins enclin que Ratsiraka à sous-estimer ses concitoyens, souhaitait notamment ré-explorer la pensée de certains auteurs « malgachisants » que les chercheurs ne tenaient pas en très haute considération. Se situant ainsi très loin, au propre comme au figuré, de la philosophie de Pythagore.

En vérité, le positionnement de Ratsiraka relève parfois d’un paternaliste purement colonial et d’un messianisme outré. Le peuple malgache était-il prêt à recevoir la Charte de la Révolution socialiste ? lui demande par exemple sa biographe. Réponse : « Qu’il soit prêt ou pas, ce n’est pas là le problème. (…) lorsqu’on élève un enfant, on ne lui demande pas s’il est prêt à recevoir les leçons qu’on lui donne. On est à un niveau supérieur de connaissance que le petit gamin (sic) : on ne peut pas se demander s’il est prêt ou pas. Les missionnaires sont venus en Afrique pour leur mission évangélique, est-ce qu’ils ont demandé si les gens étaient prêts à recevoir ce qu’ils avaient à leur dire ? [15] »

La traduction politique de ce positionnement est immédiate. Ratsiraka lui-même se déclare favorable au despotisme éclairé, évoquant volontiers Louis XIV et Napoléon[16]. L’édifice ratsirakien du pouvoir se présente alors comme une pyramide dont le sommet, prophétique, étincèle au soleil mais dont la base est plongée dans l’ombre. L’opacité qui entoure les parties basses reflète la difficulté à faire coexister une vision intellectuelle saturée d’élitisme et une réalité humaine secrètement jugée rétrograde. D’où les innombrables sermons assénés du haut du prétoire et la sublimation sans retenue d’exceptionnalismes étrangers[17] – attitude ô combien bourgeoise, finalement, qui de façon symptomatique est d’ailleurs reprise à satiété, après simple inversion de références, par la bourgeoisie « compradore » tant vilipendée par le régime socialiste.

Dans l’ombre, la révolution est résolument répressive. A la fin des années 70, Ratsiraka confie les rênes de la Direction Générale de l’Investigation et de la Documentation (DGID), l’équivalent malgache du KGB soviétique, à son beau-frère Raveloson Mahasampy. Cette entité devait inspirer une véritable terreur sous la Deuxième république : elle fut synonyme d’arrestations, de tortures, d’intimidation et de harcèlement pour de nombreux opposants politiques, militants, acteurs sociaux et adversaires militaires de Ratsiraka. Elle a aussi accueilli dans ses salles et ses couloirs glauques des journalistes, des hommes d’affaires et de simples citoyens soupçonnés de sympathiser avec l’ennemi. Mais quel ennemi ?

Chez Ratsiraka plus que chez d’autres chefs d’État, la répression fut le pendant d’une paranoïa aigue. Les procès retentissants de comploteurs présumés furent plus nombreux durant ses deux premiers mandats que pendant toutes les périodes ultérieures, et ses lieutenants entretinrent une véritable psychose au sein de la population pour que reste constamment présente dans les esprits la nécessité de « défendre la Révolution ». Réalité ou propagande, pour chaque cabale mise au jour, le pouvoir pointait ostensiblement du doigt les agissements en coulisses d’une puissance étrangère. Conséquence à l’époque de ses démêlés avec la France après la dénonciation des accords de coopération en 1973, et de son ralliement au mouvement des pays « non alignés », cette fixation sur la menace extérieure n’a jamais quitté l’amiral : « (…) il y a eu une ambassade étrangère – et singulièrement l’ambassade de France – derrière tous les complots qui ont été initiés ici à Madagascar », affirmait-il encore en 2015[18]. Si la crainte perpétuelle d’être renversé semblait le contrecoup des conditions finalement obscures de sa propre accession au pouvoir, elle procédait aussi d’un trait de caractère que l’homme aime à présenter aujourd’hui comme un sens inné du danger[19].

Mais chez Ratsiraka, la manie de la répression se conjugue avec une faculté exceptionnelle, déjà soulignée plus haut, de se dégager de ses responsabilités ou de la relativiser. Les journalistes qui l’ont un jour interrogé ont beaucoup de mal à se rappeler une occurrence où le père de la Révolution socialiste ait reconnu une erreur ou a fortiori admis une faute. Maître de l’esquive, l’amiral rouge n’est coupable de rien et ne rend de comptes qu’à son panthéon secret de dieux et d’idoles. Ainsi, dans l’un des épisodes les plus sanglants de son règne, le massacre par l’armée le 31 juillet 1985 de jeunes adeptes du kung-fu qui avaient attaqué des miliciens proches du pouvoir, il n’hésite pas à attribuer à son premier ministre et au Conseil populaire d’Antananarivo la décision de donner l’assaut. Chose impossible à croire quand on sait que sous sa férule, toutes les décisions touchant à la sécurité publique, des plus grandes au plus menues, devaient recevoir l’aval de la présidence.

Au total, le ratsirakisme recela toutes les caractéristiques d’une mystification de grand calibre dont la face apparente, un « centralisme démocratique » enrobé de discours et de slogans pompeux, cachait une autocratie vétilleuse érigée sur un vaste système de népotisme et de concussion.

Je suis convaincu, avec le recul, que Didier Ratsiraka a été le pionnier de la tartufferie politique à Madagascar à l’époque moderne. Qu’il a inauguré une ère de possibilités infinies en tuant le discours moral et en le ressuscitant par la magie du recyclage continuel appelé démagogie.

Certes, l’amiral rouge n’a pas été le premier politique à tenir un double langage dans notre pays. Des tactiques de maintien au pouvoir de Rainilaiarivony à la creuse phraséologie de l’après- mai 72, sans oublier l’hypocrisie fondamentale de la politique dite d’assimilation du colonisateur français, les sources d’inspiration ne manquaient pas. Toutes ces périodes ont concouru, chacune à leur manière, à renforcer la double perception de l’État comme étant : 1) Un monstre auquel il vaut mieux éviter de se frotter, et 2) Une grosse masse d’argent et/ou de privilèges qui ne demande qu’à être exploitée par les plus malins et les plus futés.

Mais Ratsiraka a donné à cette perception une dimension nouvelle, exotique. La débâcle économique provoquée par son socialisme jacassant, alliée à un musellement méthodique de tous les contre-pouvoirs et une prédation en sous-main des biens publics, a laissé une marque indélébile dans le tissu social. Avec lui et après lui, tous les escrocs et parasites petits et grands, néophytes irresponsables, despotes en herbe ou tyrans de seconde zone, héritiers dûment « libérés » des astreintes morales du vulgaire et s’improvisant stratèges des affaires ou timoniers éclairés de la Nation, ont connu une carrière éblouissante.

Ho ela velona anie ny Filoha hajaina!![20].




[1] James Sibree, The Great African Island: Chapters on Madagascar, Londres, Trübner Ludgate Hill, 1880.
[2] Ibid, p. 193.
[3] Partie liminaire d’un discours malgache dont la fonction première est de prévenir tout blâme lié à une entorse à l’ordre hiérarchique.
[4] Cécile Lavrard-Meyer, Didier Ratsiraka, Transition démocratique et pauvreté à Madagascar, Karthala, Paris, 2015, p. 354
[5] Ibid, p. 105.
[6] Ce mouvement met notamment en avant une origine biblique supposée du jeu traditionnel malgache fanorona et la découverte en divers sites de l’île d’inscriptions qui seraient proto-hébraïques.
[7] Ibid, p. 298.
[8] Ibid, p. 92.
[9] Ibid, p. 264.
[10] Albert Memmi, Portrait du colonisé, L’étincelle, Montréal, 1972, p. 112. 
[11] Charte de la révolution socialiste malagasy tous azimuts, Antananarivo, 1975. La version malgache de cet ouvrage, le « Boky Mena », n’est qu’une traduction de l’original rédigé directement en français.
[12] Ibid., p.12.
[13] Ibid., p.41.
[14] Dont Charles Ravoajanahary, que Ratsiraka fit entrer au « Conseil suprême de la Révolution ».
[15] Cécile Lavrard-Meyer, op. cit., p. 180.
[16] Ibid., p. 216.
[17] L’un des principaux modèles mis en avant était la Corée du Nord.
[18] Ibid., p. 234.
[19] Ibid., p. 235-239.
[20]Longue vie au Leader respecté.